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|| PORTRAIT || Sophie Gimenez - Co-fondatrice de Rennes du Compost

Portraits

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03/04/2026

"Ils entreprennent" - Faculté des sciences, Faculté de médecine

De la recherche clinique à la collecte de biodéchets à vélo : Sophie, Gimenez, itinéraire d'une entrepreneuse engagée

Titulaire d'un master en biologie cellulaire et développement du médicament, Sophie Gimenez a d'abord construit une carrière d'attachée de recherche clinique dans les grands établissements de santé rennais. Mais c'est une passion de longue date pour le vélo et la protection de l’environnement qui l'a conduite, avec deux associées, à créer Rennes du compost, société coopérative qui collecte les biodéchets des professionnels du bassin rennais à vélo et les transforme en compost redistribué sur le territoire. Un parcours inattendu qui dit beaucoup sur la valeur des compétences transversales. 

PARCOURS ACADÉMIQUE 

Racontez-nous votre parcours académique. 

J'ai fait un bac scientifique et je me suis inscrite en première année à la Faculté de Médecine de l'Université de Rennes parce que je voulais vraiment devenir médecin. La première année, je travaillais peu. J'étais jeune et j'avais d'autres préoccupations. La deuxième, j'ai eu 12 de moyenne, mais ça n'a pas suffi pour rentrer dans le numerus clausus. Je l’ai vécu comme un échec.

Cette expérience m'a tout de même ouvert une passerelle vers une licence de biologie à la Faculté des Sciences, en 2ème année directement. Je me suis vite aperçue que je n'avais pas envie de faire de la recherche mais je voulais rester sur la thématique santé, biologie humaine. J'adorais tout ce qui touchait à la génétique, à la toxicité, à la recherche appliquée. Après des stages en laboratoire, j'ai confirmé que la recherche pure me paraissait trop éloignée de la réalité.

J'ai donc choisi un master professionnel en biologie cellulaire et moléculaire, avec une spécialité orientée vers le développement du médicament. C’était un master assez nouveau à l'époque qui permettait d'accéder à des métiers plus appliqués. Pour nous, les scientifiques, le débouché était assez fléché : attaché de recherche clinique, un métier émergent à l'époque. Les pharmaciens, eux, pouvaient accéder directement à des postes de chef de projet.

J'ai fait mon stage de fin d’études pendant six mois au Centre d'Investigation Clinique du CHU de Rennes. Je travaillais sur l'organisation de la recherche clinique : on est l'aide technique et logistique du médecin, garant de la qualité et de la réglementation des protocoles de recherche clinique, et on collecte toutes les données.

PARCOURS PROFESSIONNEL  

Quel a été votre parcours professionnel ? 

Après mon master, j'ai été embauché à l’issue de mon stage de fin d’étude comme attachée de recherche clinique au Centre d'Investigation Clinique du CHU de Rennes, pour travailler sur les essais cliniques. Un poste très réglementaire et administratif, un peu trop éloigné du terrain à mon goût. J'ai donc rejoint le Centre Eugène Marquis, le centre anticancéreux de Rennes, cette fois côté investigation, au cœur de l'hôpital et en lien direct avec les patients et les médecins. Je me suis vraiment épanouie dans ce métier les premières années. Ensuite c'est devenu de plus en plus administratif, je ne voyais plus les patients, et je n'avais pas de perspective d'évolution. J'ai alors tenté une reconversion vers le métier de conseiller en génétique qui je pense me correspondait vraiment: un aspect génétique et le lien avec les patients. La porte s'est fermée et j’ai dû réfléchir à d’autres possibilités de reconversion.

Le vélo, c'est vraiment ma passion, je fais tout à vélo, je voyage même à vélo. Un jour, je tombe sur LinkedIn sur une formation de deux jours à la cyclo-logistique. Je la fais, et je me dis : et si je créais une entreprise à vélo ? J'avais d'abord pensé à des services pour promener des personnes âgées ou hospitalisées, puis à un vélo-école pour emmener les enfants à l'école. Dans les deux cas, ça demandait trop d'investissement et trop de monde. Il fallait trouver autre chose.

C'est finalement une balade à vélo avec une amie qui a tout changé. Passionnées de vélo et aussi déjà très engagée sur les questions environnementales, on a découvert que la collecte de biodéchets à vélo n'existait pas encore à Rennes. On a contacté Rennes Métropole, on s'est formées, et j'ai quitté mon poste pour cocréer Rennes du compost.

DOMAINE DE PRÉDILECTION

Pouvez-vous nous présenter Rennes du Compost ? 

Au démarrage, nous étions deux cofondatrices. Une troisième amie, elle aussi ancienne infirmière du Centre Eugène Marquis, a entendu parler du projet et a souhaité nous rejoindre. On est donc trois cofondatrices.

Rennes du compost, c'était une association au démarrage en 2021. Elle est devenue société coopérative le 1er juin 2024. On collecte les biodéchets des professionnels sur le bassin rennais, tout ce qui est accessible à vélo. Puis on composte les matières collectées et on redistribue le compost sur le territoire. Un cercle vertueux, de la collecte à la ressource. On fait aussi de la sensibilisation et de la formation au compostage pour accompagner les changements de pratiques.

Le contexte légal a joué en notre faveur : depuis le 1er janvier 2024, tout le monde est obligé de trier et valoriser ses biodéchets. Les professionnels ont une responsabilité légale, ils doivent avoir une solution. C'est là qu'on intervient. Le vélo, c'est vraiment la solution adaptée à Rennes : des petites rues, des rues pavées, pas besoin de se garer. Nos contenants sont compacts, ils se glissent sous les bars, dans les cuisines des restaurants. C'est pratique, sobre, et ça décarbone le centre-ville.

Rennes du Compost en chiffres, c’est :

  • 3 vélos électriques et 3 remorques
  • 90 clients fixes
  • 9 tournées par semaine (~15 km chacune)
  • 2 tonnes de biodéchets collectées par semaine
  • 7 salariés

Pourquoi avoir fait le choix de l’entrepreneuriat et de vous investir gestion des biodéchets ? 

Au départ, c'était vraiment la volonté de créer une entreprise à notre image. Nous avions, toutes les trois, vécus par le passé des expériences professionnelles difficiles voir des burn-out. On voulait vraiment créer une société où chacun puisse être écouté, où il y a de la bienveillance, sans un management directif mais plutôt participatif. Dans le salariat, c'est dur de trouver de cette liberté. On s'est donc imaginé avoir plus de liberté, gagner en souplesse, gagner en qualité de vie en faisant les choses à notre manière.

Se lancer dans l'entrepreneuriat, c'est un vrai challenge. On quitte une vie salariée sécurisante pour quelque chose où il faut être proactif, prendre des risques, voir loin. Cela m'a permis de m'affirmer, de prendre confiance et d'apprendre énormément notamment la comptabilité, le management, les partenariats, la technique du compostage. Des choses que je n'aurais jamais imaginé faire un jour. C'est une vraie richesse sur le plan personnel.

Et puis, la protection de la nature, c'est quelque chose d'important pour moi depuis toute petite. Je me souviens encore des cours sur la couche d'ozone en primaire, cela m'avait marquée. Même si j'avais d'abord choisi une voie médicale, la préservation de l'environnement a toujours été là.

Au moment de me reconvertir, je me projetais plutôt sur le vélo. Dans ma vie personnelle, j'étais déjà dans une démarche zéro déchet, et j'avais commencé le compostage cinq ans avant. J'avais vu les effets sur ma poubelle et le côté un peu magique du compostage. Je me disais que c'était fou qu'il y ait encore des gens qui jettent leurs épluchures à la poubelle. Je m'étais aussi renseignée sur des associations comme Zero Waste ou Clean Ocean Project, j'avais même exploré la piste de la préservation du milieu maritime. Mais le compostage s'est imposé naturellement parce qu'on a réalisé que cela avait vraiment du sens de le faire à Rennes.

Quelles sont, pour vous, les enjeux actuels du numérique dans la transition environnementale ? 

L'enjeu, c'est la préservation de la planète. On dépasse les limites, et il faut une vraie prise de conscience. La gestion des biodéchets, c'est une action simple mais puissante : on réduit sa poubelle et en plus on crée une ressource, le compost, qui fertilise les sols. Les sols sont appauvris, lessivés. On le voit avec les inondations, l'artificialisation, l'agriculture intensive. Le compostage, c'est concret : 30 % de nos poubelles sont composées de biodéchets. Si on enlève déjà cela, on fait gagner beaucoup.

RETOUR D’EXPÉRIENCE

Quel est le conseil que vous auriez aimé avoir lorsque vous étiez étudiant ? 

Mon conseil : restez ouverts ! En France, on a trop tendance à associer tel diplôme à tel métier, et c'est très bloquant. Cela m'a moi-même angoissée quand j'ai voulu changer de voie. Je me disais que j'étais trop spécialisée. Mais en réalité ce que l'on garde de ses études, ce sont des compétences transversales : la rigueur, la méthode, l'esprit de synthèse. Ce sont ces compétences-là qui servent, bien au-delà du contenu appris. Focalisez-vous sur la méthode plutôt que sur l'apprentissage pur.

En 3 mots, qu’est-ce que ça signifie pour vous d’être alumni à l’Université de Rennes ? 

Être alumni, c'est avant tout l'opportunité de créer du réseau. C'est grâce à LinkedIn que j'ai trouvé ma voie, et aujourd'hui chez Rennes du compost, c'est encore par le réseau que les opportunités arrivent. Pouvoir partager son expérience avec d'autres, faire des liens, je trouve cela vraiment précieux. J'aurais adoré pouvoir le faire pendant mes études : entendre des témoignages de personnes qui avaient suivi le même cursus mais qui ont des parcours différents.


L'interview en vidéo


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