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|| PORTRAIT || Nelly Besnard - Directrice de Biotech Santé Bretagne

Portraits

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27/03/2026

"Ils transforment leur parcours" - Faculté des sciences, Faculté de médecine, IGR - IAE

De la recherche à l'innovation, Nelly Besnard

Scientifique de formation, manager par vocation, Nelly Besnard a construit un parcours aussi singulier qu'inspirant. De la recherche fondamentale en biologie et en santé, aux couloirs du CHU de Rennes et jusqu'à la direction de Biotech Santé Bretagne, structure de développement économique en Bretagne : chaque étape s'est dessinée au fil des rencontres, des opportunités saisies et des obstacles surmontés.

Ce que l'on retient : une conviction profonde que la science doit servir la société, et que l'intérêt général n'est pas un idéal abstrait mais un moteur concret du quotidien. Un parcours qui n'a jamais suivi de ligne droite et qui en est d'autant plus riche.

PARCOURS ACADÉMIQUE 

Racontez-nous votre parcours académique. 

En réalité, mon parcours s’est académique déroulé en trois temps. 

Après mon baccalauréat, j'ai rejoint la Faculté des Sciences d'Angers où j'ai obtenu une maîtrise. C'est un peu par opportunité que je suis ensuite arrivée à l'Université de Rennes. J'y ai réalisé mon Diplôme d’Etudes Avancées en Biologie – Agronomie (DEA) à la Faculté des Sciences. J'ai eu la chance d'être major de promotion. Cela m'a ouvert les portes d'une bourse de recherche grâce à laquelle j’ai pu poursuivre mes études jusqu'au doctorat en physiologie végétale.

Mes travaux de recherche ont débuté par l'étude des mycorhizes, associations symbiotiques entre plantes et champignons qui favorisent l'absorption des nutriments du sol. Ma thèse, financée par le ministère de la Recherche, m'a ensuite conduit vers une thématique plus spécialisée : les glucosinolates indoliques du colza. Ces composés soufrés restaient peu explorés dans leur dimension physiologique. Mes recherches visaient à comprendre le rôle de ces molécules dans la croissance du colza dans une approche résolument fondamentale.

La suite a été moins linéaire. Je n'ai pas obtenu de poste de maître de conférence immédiatement. J'ai donc occupé un poste d'Attaché Temporaire d’Enseignements et de Recherche (ATER) pendant deux ans, toujours à l’Université de Rennes. J’ai ensuite eu plusieurs contrats à durée déterminée (CDD) en recherche. C'est à cette période que j'ai changé de thématique en passant du végétal à la biologie moléculaire appliquée à la santé. J’ai notamment collaboré sur des travaux d'études de l'hépatite C et de la biochimie de l'obésité.

Puis le laboratoire dans lequel je travaillais a fermé et cela m’a amenée à reconsidérer mon avenir professionnel. Après quelques mois de réflexion, j'ai décidé de reprendre les études — toujours à l'Université de Rennes — avec un Diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) de traitement de l'information médicale et hospitalière. Cette reconversion m'a d’abord conduite vers le conseil en santé pendant six ans. Et ayant fait la démonstration que reprendre des études était possible, j'ai franchi le pas une deuxième fois de façon plus proactive cette fois. J’ai intégré l’IGR-IAE (Ecole de Management Universitaire) pour y suivre un Master Systèmes d'Information et Contrôle de Gestion.

PARCOURS PROFESSIONNEL  

Quel a été votre parcours professionnel ? 

J'ai passé plus d'une dizaine d'années dans la recherche en biologie, d'abord côté végétal, puis en physiologie humaine pour m'ouvrir à la biologie moléculaire. C'était une époque pionnière : le séquençage génomique n'avait rien d'évident. On travaillait sur des gels d'agarose, on observait les premières bandes fluorescentes de matériel génomique. Techniquement, c'était passionnant.

Mais après dix ans, je connaissais bien les réalités de la recherche académique. De la recherche très fondamentale, avec peu de moyens, jusqu'à des projets de pointe dans un contexte concurrentiel international. Les thématiques sont stimulantes mais le quotidien est dur et les pressions sont fortes. Et être une femme, une mère de famille dans ce milieu, ce n’est pas facile.

C'est donc une décision à la fois réfléchie et contextuelle qui m'a amenée à changer de voie. La digitalisation en était à ses débuts et j'ai commencé à envisager une reconversion vers l'informatique. C'est finalement une rencontre qui a tout décidé comme souvent dans mon parcours. Quelqu'un travaillant dans le domaine de l'information médicale et hospitalière m'a dit que mon profil correspondait bien à une formation en cours et qu'il pouvait m'accueillir en stage. J'ai donc rejoint un cabinet de conseil spécialisé dans l'accompagnement des établissements de santé où je suis restée six ans. A l’époque, nous vivions un moment charnière : l'arrivée de la tarification à l'activité qui allait transformer en profondeur la façon dont les hôpitaux financent leur fonctionnement. Mon rôle ? Former les équipes de direction aux nouveaux enjeux, accompagner le déploiement des outils informatiques et faire le lien entre le monde médical et les prestataires techniques. Un travail d'interface, à la fois humain et technique, que j'ai trouvé passionnant.

Quand la phase de transformation a laissé place à la répétition, j'ai décidé de changer. Forte de l'expérience acquise quelques années plus tôt, j’ai de nouveau repris mes études pour découvrir le métier de contrôleur de gestion. Le responsable de formation m'a encouragé à capitaliser sur mes acquis plutôt qu'à tout réinventer : rester dans le domaine de la santé, que je connaissais bien. Un conseil décisif. J’ai réalisé mon stage au CHU de Dinan. À la fin de mon stage, avant même d'avoir terminé ma formation, j'avais trois offres d'emploi dont celle du CHU de Rennes.

C'est peut-être l'une des clés d'un parcours professionnel : rester soi-même, entretenir des relations vraies et montrer ce qu'on est capable de faire. Dans des territoires à taille humaine, sur des thématiques de niche, on recroise toujours les mêmes personnes. Et avec le temps, on trouve sa place. On peut même aider les plus jeunes à trouver la leur.

Au CHU de Rennes, tout s'est mis en place très naturellement avec le directeur de recherche. En moins de six mois, j'étais devenue son adjointe. Lui pouvait se recentrer sur le stratégique et le relationnel. Et je pilotais toute la partie opérationnelle : gestion des financements recherche, aide au recrutement, définition des profils de poste. Sur huit ans, j'ai participé au recrutement de plusieurs dizaines de postes et au montage de grands projets structurants en cancérologie, en génomique à l'échelle du Grand Ouest, en partenariat avec l'ensemble des CHU de la région. Des projets ambitieux, qui ne se concrétisent pas toujours, mais dont il reste toujours quelque chose.

Après seize ans au CHU, j'avais le sentiment d'avoir fait le tour. Et une opportunité s'est présentée chez Biotech Santé Bretagne, une association que je connaissais bien. Une structure en pleine recomposition après une fusion, un retour au mode projet, un nouveau souffle possible. Le conseil d'administration m'a fait confiance et depuis deux ans, j'occupe ce poste avec un grand plaisir.

Biotech Santé Bretagne, c'est d'abord un ancrage territorial fort. Nos moyens viennent quasi exclusivement des collectivités bretonnes. Notre mission : le développement économique en Bretagne dans les domaines de la santé et des biotechnologies.  On y parle bien sûr de santé et de pharmaceutique mais aussi d'agroalimentaire, d'agriculture, et de cosmétique. Je reviens à ce que j'ai déjà exploré sur l'innovation au CHU mais cette fois du côté des entreprises : faire sortir la recherche des laboratoires pour la connecter au monde économique, favoriser les collaborations entre acteurs publics et privés et contribuer à transformer des travaux de recherche en produits et services à valeur économique réelle.

DOMAINE DE PRÉDILECTION

Pourquoi avez-vous fait le choix de vous spécialiser dans le secteur de la santé ?  

La santé s'est imposée naturellement au fur et à mesure de mon parcours. D'abord les racines : une formation scientifique tournée vers le vivant héritée d'une enfance dans une famille d'agriculteurs. Puis les rencontres bien sûr. Mais c'est surtout une conviction plus profonde qui a guidé ces choix : l'intérêt pour la science au service de la société. Que ce soit en recherche, à l'hôpital ou dans le développement économique, le fil conducteur a toujours été le même : contribuer à un projet d'intérêt général, faire bon usage des ressources publiques, et mettre les connaissances scientifiques au service du mieux vivre ensemble. 

Quels sont selon vous les principaux enjeux actuels du secteur de la santé ? 

Santé, environnement, société : tout se tient !

Soigner mieux, diagnostiquer plus tôt, c'est essentiel, et les progrès sont réels. Mais les grands enjeux de santé se jouent bien en amont du système de soins. Ce sont les déterminants d'exposition qui conditionnent réellement l'état de santé des populations : la qualité de l'air, de l'eau, les polluants, les conditions de vie, la santé mentale. C'est ce que recouvre le concept d'exposome* ou encore celui de “One Health”**. La santé humaine, animale et environnementale sont profondément interdépendantes. 

Face à des défis aussi multifactoriels, la science doit elle aussi se transformer : travailler de façon plus pluridisciplinaire, décloisonner les savoirs, repenser jusqu'à l'organisation de la formation universitaire. Continuer à chercher, accumuler des connaissances, et ne pas céder aux remises en question des causalités scientifiques pourtant de plus en plus fréquentes. C'est, aussi, un enjeu de société. 

Vous vous êtes formée en systèmes d’informations et traitement de l’information. Quels sont, pour vous, les principaux défis technologiques actuels dans le domaine de la santé ?

Les vrais défis du numérique ne sont pas technologiques : les défis du numérique sont avant tout politiques et sociétaux. La technologie avance (stockage, calcul, algorithmes) et il faut continuer à investir dans la recherche fondamentale pour innover. Mais la vraie question n'est pas technique : c'est celle de l'usage. Comment décide-t-on collectivement d'utiliser ces ressources au service du bien commun, à l'échelle internationale ? Le vrai enjeu, c'est donc celui de la gouvernance : décider, collectivement et politiquement, comment ces ressources sont utilisées, partagées et protégées. 

RETOUR D’EXPÉRIENCE

Quel lien gardez-vous avec l'Université de Rennes, la Faculté des Sciences et l’IGR-IAE ? 

Le lien avec l'Université de Rennes est structurel : Biotech Santé Bretagne y est hébergée et participe activement à sa commission recherche. Mais la relation va au-delà de la convention d'hébergement. Elle se traduit aussi par des interventions dans les formations, en master ou en école doctorale, pour sensibiliser les étudiants aux réalités du monde professionnel dans le domaine de la santé et des biotechnologies. 

L'objectif n'est pas de se substituer aux enseignants mais de montrer la diversité des métiers possibles et de donner du sens aux compétences. 

Quel est le conseil que vous auriez aimé avoir lorsque vous étiez étudiant ? 

Si je devais transmettre un message aux étudiants et encore plus aux étudiantes, ce serait celui-là : fais-toi confiance ! Ose ! Essaie ! Il reste toujours quelque chose de positif d'une tentative même quand la réussite n'est pas immédiate. 

La fermeture du laboratoire où je travaillais a été un choc. Mais avec le recul, cette épreuve m’a apporté énormément. Ce qui aurait pu ressembler à une impasse s'est révélé être un tremplin vers autre chose : un parcours plus riche et plus varié que je n'aurais pu l'imaginer. C’est une chance de faire le tour d'un métier puis d'en découvrir d'autres. 

En 3 mots, qu’est-ce que ça signifie pour vous d’être alumni à l’Université de Rennes ? 

En trois mots, je dirais territoire, communauté et entraide

Quel est votre meilleur souvenir de votre passage à l'Université de Rennes ? 

C’est plus difficile de répondre à cela pour moi. L'amitié résiste difficilement à la compétition surtout dans ces années charnières où l'environnement étudiant et professionnel pousse davantage à se battre pour sa place qu'à coopérer. Peut-être qu'une dynamique alumni aurait pu aider. Et c'est peut-être ce que le réseau Connect peut apporter à ceux qui arrivent aujourd'hui. 

L'interview en vidéo 


Envie d'en savoir plus ? 

Faculté des Sciences 

IGR – IAE 

Club Transition Santé Globale


* Exposome : Il correspond à l’ensemble des expositions environnementales auxquelles vous êtes soumis tout au long de votre vie, via votre alimentation, l’air que vous respirez, les rayonnements qui vous bombardent, vos comportements, votre environnement sonore, psychoaffectif ou encore socioéconomique. Définition de l’INSERM

** “One health” : Le concept « One Health » ou « Une seule santé » tient compte des liens complexes entre la santé animale, la santé humaine et l’environnement dans une approche globale des enjeux sanitaires. La santé des humains, la santé des animaux et celle des écosystèmes sont étroitement liées. Tout changement intervenant dans ces liens peut augmenter le risque d’apparition et de propagation de nouvelles maladies humaines et animales. Définition du ministère de la Santé

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