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|| PORTRAIT || Frédéric Priam - Sous-directeur à la DGA Maîtrise de l'Information

Portraits

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16/03/2026

"Ils nous inspirent" - ENSSAT

Management international et cybersécurité : le parcours de Frédéric Priam, ingénieur passionné

Une expertise pointue en informatique et électronique et une conviction : l'excellence technique ne se conçoit pas sans l'humain. De Timişoara à Rennes, portrait de Frédéric Priam, ingénieur de l'École Nationale Supérieure Appliquées et de Technologie (ENSSAT). Il a transformé la diversité culturelle en atout stratégique et place aujourd'hui son expertise technique et ses compétences en management au service de la Direction Générale de l'Armement au sein du centre Maîtrise de l'Information basé en région rennaise. Un parcours où passion, innovation et transmission se conjuguent.

PARCOURS ACADÉMIQUE

Racontez-nous votre parcours académique.

Mon parcours académique est assez simple : je suis diplômé de l'ENSSAT en électronique et informatique industrielle. Avant l'ENSSAT, j'avais fait un DUT en génie électrique et informatique industrielle.

J'ai eu la chance de réaliser mon stage de fin d'études chez Ariane Group, au centre spatial Guyanais, pendant six mois. Une expérience de folie. Ça m'a permis de voir un environnement complètement différent et surtout d'être confronté pour la première fois à des équipes vraiment très impliquées sur leur projet. Le but était de mener à bien le lancement d'un lanceur spatial, avec des méthodologies très rigoureuses. C'est là que j'ai véritablement compris ce qu'est le pilotage de projets complexes. À l'école, nous avions des projets à réaliser en deux semaines. Au centre spatial, je me trouvais plongé dans un environnement industriel d'une toute autre envergure, confronté à des projets informatiques de grande ampleur. Cette immersion m'a fait découvrir la réalité du terrain avec ses contraintes, ses délais serrés et des enjeux considérables. Une prise de conscience brutale, mais formatrice, qui a changé ma vision du métier d'ingénieur.

PARCOURS PROFESSIONNEL

Quel a été votre parcours professionnel ?

J'ai débuté ma carrière chez Alcatel comme développeur puis comme architecte solution. Ma première expatriation m'a conduit en Roumanie, à Timişoara. J'y ai découvert le management en dirigeant des équipes de développement logiciel spécialisées dans la messagerie vocale. Une première expérience dans un pays que je ne connaissais pas. C'était à la fois déstabilisant et enrichissant sur les plans personnels et professionnels.

Par la suite, au sein du groupe Alcatel-Lucent, j'ai gravi les échelons : chef d'équipe puis chef de service jusqu'à occuper le poste de directeur technique pour l'ensemble des équipes dédiées aux produits de communication dans le groupe. Nous produisions tous les applicatifs et l'infrastructure qui permettait à une entreprise de communiquer en interne. Je pilotais alors environ 350 personnes réparties sur plusieurs continents : Toronto au Canada, Boston aux États-Unis, quatre sites en France, Saint-Pétersbourg en Russie, Chennai en Inde et Shanghai en Chine. Cette dimension internationale m'a fait beaucoup voyager et découvrir des cultures très différentes. Pour moi, le rôle d'un manager consiste à tirer le meilleur de chaque équipe pour répondre aux besoins de l'organisation. Dans ce contexte multiculturel, il s'agissait vraiment de trouver ce que chaque culture pouvait apporter de meilleur pour servir les attentes du groupe.

Aujourd'hui, je suis sous-directeur à la DGA Maîtrise de l'Information à Rennes. Je pilote une partie des équipes qui travaillent sur la cybersécurité, toujours des équipes techniques. Après plusieurs années chez Alcatel, j'ai ressenti l'envie d'un nouveau défi, de me confronter à quelque chose que je ne connaissais pas. La DGA Maîtrise de l'Information, c'est avant tout un centre d'excellence. Il faut y être pour le comprendre. Ce qui me plaît dans le domaine technique ? C'est cette idée qu'on peut constamment créer quelque chose et innover en permanence. Travailler à un niveau d'excellence hors du commun tout en innovant chaque jour, c'est vraiment une chance. Quelques temps après mon arrivée, j'ai aussi compris que de travailler pour le ministère des armées, cela donne également un vrai sens à notre travail. Nous ne sommes pas dans une relation commerciale et ce que nous faisons est utile à notre pays.

Pouvez-vous nous expliquer ce que la dimension internationale a apporté à votre carrière ?

Pour travailler dans un contexte international, il faut avoir une compréhension de l'environnement qui va bien au-delà des processus : il faut saisir la culture de chaque équipe, sa manière de travailler. Les équipes en Inde ne fonctionnent pas du tout comme celles des États-Unis. Le rôle d'un responsable d'équipe consiste justement à comprendre cet environnement culturel propre à chaque pays puis à déterminer comment travailler pour répondre au mieux aux besoins de l'entreprise. J'ai souvent en tête l'image d'un sportif qui court sur une crête, avec deux gouffres de chaque côté. Un manager, c'est exactement ça : d'un côté l'organisation, de l'autre les équipes. Il faut courir sur la crête, juste au milieu, pour tirer le meilleur profit des deux côtés sans basculer ni d'un côté ni de l'autre.

Au-delà de l'aspect professionnel, cette dimension internationale a constitué un véritable enrichissement personnel. Les voyages m'ont permis de découvrir des cultures très différentes et des lieux où je n'aurais peut-être jamais été autrement. Une expérience extrêmement enrichissante qui m'a marqué durablement.

DOMAINE DE PRÉDILECTION

Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser dans l'informatique et le management d'équipes techniques ?

Le choix de m'orienter dans les domaines de l'électronique et de l'informatique, je le dois à mon père. Il était ingénieur dans le même domaine. Je l'ai toujours vu travailler sur les viseurs stellaires* de satellites. Il était passionné, et c'est vraiment ce qui m'a amené dans cette filière.

Par contre, mon entrée dans le management relève presque du hasard. Ma femme et moi sommes tous deux diplômés de l'ENSSAT, de la même promotion. Lorsqu'on lui a proposé de diriger une équipe à Timişoara en Roumanie, je l'ai suivie et on m'a proposé un poste de manager sur place. Ce n'était pas une volonté initiale de ma part, mais cette première expérience a été un véritable déclic : j'ai adoré. À mon retour de Roumanie, j'ai eu à cœur de rester dans le management mais spécifiquement dans le management technique. On m'a proposé plusieurs fois d'autres postes managériaux sur des métiers différents mais j'ai toujours refusé. Travailler avec des équipes techniques, des personnes qui produisent quelque chose de concret, en l'occurrence des logiciels, comprendre comment elles travaillent, ce qu'elles font : cela me passionne profondément. C'est la culture de l'ENSSAT également.

*Viseur stellaire ou viseur d'étoile mesurent les coordonnées d'une ou plusieurs étoiles dans un repère lié au vaisseau spatial. Ces données fournies à un organe de calcul (intégré au capteur ou à l'extérieur de celui‐ci) permettent de restituer des informations d'attitude par comparaison des directions mesurées avec celles d'étoiles connues, données par un catalogue d'étoiles adapté à la mission considérée. 

Source : www.techniques-ingénieur.fr

Quels sont les principaux enjeux actuels de cybersécurité selon vous ?

Il suffit d'écouter les informations ou d'ouvrir un journal pour constater que la cybersécurité constitue un enjeu majeur dans le contexte actuel. Le premier défi est évidemment la défense de nos systèmes informatiques. Le deuxième enjeu, tout aussi crucial, concerne la formation.

On entend souvent dire que l'intelligence artificielle (IA) va remplacer les ingénieurs de demain notamment dans le développement logiciel. Oui et non. Même si elle peut remplacer le développeur dans certaines tâches, nous aurons toujours besoin de personnes capables de comprendre ce qui est développé, comment s'est construit et de s'assurer qu'il n'y a pas de failles dans le code. Au contraire, si l'intelligence artificielle facilite le développement, nous aurons encore plus besoin de gens qui comprennent les mécanismes sous-jacents et l'utilisation de ces systèmes. L'Intelligence Artificielle peut aider un développeur, l'assister dans la recherche de vulnérabilités mais dans des domaines pointus comme ceux que nous traitons à la DGA Maîtrise de l'Information, elle ne pourra jamais complètement nous remplacer. Il y a des pans entiers de secteurs d'activités où l'humain devra rester présent, même si elle vient l'assister. Et nous devrons être encore mieux formé qu'auparavant.

RETOUR D'EXPÉRIENCE

Quel lien gardez-vous avec l'ENSSAT ?

Depuis mon arrivée à la DGA Maîtrise de l'Information, j'ai maintenu un lien étroit avec l'ENSSAT notamment à travers le recrutement de jeunes ingénieurs. J'ai réalisé plusieurs interventions à l'école pour présenter nos métiers. Aujourd'hui, plusieurs Enssatiens travaillent dans mes équipes et nous accueillons également des stagiaires en formation. Ce lien se décline donc sur deux axes : la formation d'une part, le recrutement d'autre part, pour identifier des profils susceptibles de rejoindre nos équipes. C'est toujours cette notion de transmission qui m'anime.

Quel est le conseil que vous auriez aimé avoir lorsque vous étiez étudiant ?

Il y a trente ans, j'aurais voulu que l'on me conseille d'oser et de saisir toutes les opportunités. On a tous des opportunités et on ne les saisies pas toujours. Après un diplôme d'ingénieur à l'ENSSAT, on a beaucoup de possibilités qui s'offrent à nous. Il faut accepter d'hésiter et se tromper. Ce n'est pas grave. Je pense aussi qu'aujourd'hui les jeunes générations de diplômés osent plus de choses, comme de monter sa start-up, et c'est une bonne chose.

Quel souvenir lié à votre passage à l'ENSSAT vous vient en premier à l'esprit ?

En tant qu'ancien parisien, l'ENSSAT a été pour moi la découverte de la Bretagne. C'est une région que je n'ai jamais vraiment quittée depuis malgré mon expatriation en Roumanie. Lorsque je travaillais chez Alcatel, même si mes équipes étaient réparties sur quatre sites en France et dans le monde entier, j'étais basé à Brest.

Ces trois années d'études à l'ENSSAT ont été formidables sur le plan humain : on passe ce temps avec une promotion qu'on côtoie ensuite toute sa vie. Et puis j'ai également rencontré la personne qui partage ma vie à l'ENSSAT.

En 3 mots, qu'est-ce que ça signifie pour vous d'être alumni à l'Université de Rennes ?

J'ai choisi ces trois mots : fierté, partage et avenir.

C'est une réelle fierté d'être diplômé de l'ENSSAT. Je pense aussi que c'est un endroit où l'on peut partager ses idées, échanger. Et puis l'avenir car l'ENSSAT a fêté ses 40 ans et je suis sûr qu'il y aura encore beaucoup de belles années !

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