|| PORTRAIT || Gilbert Jaffrelot - Pharmacien et Fondateur des réseaux GERME et Entreprendre Bretagne
"Ils excellent dans leur domaine" - Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques
Gilbert Jaffrelot : de la pharmacie à l'entrepreneuriat, un bâtisseur au service de la Bretagne et de la jeunesse
Breton avant tout et profondément attaché à sa région, Gilbert Jaffrelot a construit un parcours hors du commun, en hybridation permanente entre la pharmacie, le management et les réseaux de dirigeants. Il a fait ses études de pharmacie à l'Université de Rennes, ce qui l'a naturellement conduit vers ce métier. Mais ensuite, en prenant la présidence de la coopérative des pharmaciens, la CERP, il prend goût au management.
De la présidence de la coopérative des pharmaciens à la création des réseaux GERME et Entreprendre Bretagne, il n'a cessé de fédérer, d'innover et surtout de transmettre. Aujourd'hui, c'est par le bénévolat qu'il continue de donner pour les jeunes, pour les entreprises, pour sa région. Un parcours qui illustre sa conviction profonde que le progrès des entreprises passe par le progrès des hommes et que chacun est fait pour être entrepreneur de sa vie.
PARCOURS ACADÉMIQUE
Racontez-nous votre parcours académique.
J'arrive à Rennes en 1968, depuis Saint-Brieuc, en pleine effervescence universitaire : c'est l'époque de Mai 68, "il est interdit d'interdire ! ". Je commence par des études de chimie, géologie et biologie à la Faculté des Sciences de l’Université de Rennes, avant de me tourner vers la Faculté de Pharmacie. Je suis issu d'un milieu modeste, sans réseau dans ce secteur. La pharmacie me semblait alors un métier inaccessible pour quelqu'un comme moi. C'est en allant directement voir le doyen de la faculté que tout a basculé : il m'a accordé l'autorisation d'intégrer la deuxième année, fort de mes résultats en chimie et biologie. Une condition : rattraper seul le programme de première année. J'ai finalement obtenu mon diplôme de pharmacien et j’ai ensuite participé aux travaux de l'unité du médicament au sein de la Faculté de Médecine et de la Faculté de Pharmacie.
PARCOURS PROFESSIONNEL
Quel a été votre parcours professionnel ?
Après l'obtention de mon diplôme, je m'installe comme pharmacien, accompagné par un confrère qui accepte de me parrainer au démarrage. J'aime appeler ces personnes des "passeurs" : ceux qui ont la générosité d'aider les autres à se lancer. J'exerce pendant cinq ans, avec une implication totale, avant de prendre de nouvelles responsabilités.
Élu président de la coopérative des pharmaciens, la CERP, je découvre un univers nouveau : la logistique, et avec elle, le goût du management. C'est cette expérience qui m'amène à créer le club APM (Association Progrès du Management) dans les Côtes d'Armor, le premier de l'Ouest de la France. Ma conviction est chevillée au corps : le progrès des entreprises passe par le progrès des dirigeants et, notamment, par la qualité humaine du management. Mis en minorité au sein de mon conseil d'administration (une coopérative, c'est un homme, une voix), j'y vois une opportunité. On me propose de développer l'APM à l'échelle de l'Ouest de la France. J’accepte mais j’ai envie d’aller plus loin.
Convaincu que ce n'est pas seulement le dirigeant qui doit progresser, mais toute l'équipe dirigeante, je crée le réseau GERME (La Réseau de Progrès des Managers). Ce sont des groupes mensuels réunissant des cadres de direction pour mieux se comprendre, décloisonner les métiers et réduire les tensions structurelles entre fonctions. Entre un directeur commercial et un directeur financier, entre un logisticien et un informaticien, le dialogue ne va pas de soi. GERME est né de cette conviction. Le réseau sera récompensé par le prix du "Management Humaniste Olivier Lecerf" décerné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques en 2011.
Lorsque je mets fin à mes activités nationales, à la suite d'un problème de santé, je ne m'arrête pas pour autant. Je cofonde le Réseau Entreprendre Bretagne. Le principe est simple et puissant : pour créer des emplois, il faut créer des employeurs. Je mobilise des chefs d'entreprise autour d'un appel à la fois humble et ambitieux : "Donnez-moi du temps, donnez-moi de l'argent pour aider tous ceux qui veulent entreprendre en Bretagne."
Vient ensuite le moment que je refuse d'appeler retraite. J'aime donner du sens aux mots et je préfère parler de "retraitement de mes activités" : non pas un retrait, mais une transformation. Aujourd'hui, je ne fais plus que du bénévolat. La Bretagne m'a donné suffisamment, la vie m'a donné suffisamment.
Je préside Jeunesse & Entreprise pour l'Ille-et-Vilaine et j'ai contribué à créer Bretagne Entreprise Jeunesse à l'échelle régionale avec un engagement fort autour de l'Enjeu RSE Jeunesse. Il s’agit d’un label déposé pour renforcer les liens entre le monde éducatif et le monde de l'entreprise. Je préside également l'IDL Le Kéreden à Locarn, au cœur de la Bretagne, convaincu que l'ancrage dans l'histoire et la culture bretonne est une force pour aller vers les autres.
DOMAINE DE PRÉDILECTION
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ce choix de l'entrepreneuriat et pourquoi vous pensez que c'est si important pour les jeunes ?
Je suis convaincu que si chacun n'est pas fait pour être chef d'entreprise, chacun est fait pour être entrepreneur de sa vie : créer, oser, agir, laisser une empreinte ! C'est le message que je transmets inlassablement aux jeunes, dans les collèges, les lycées, les universités : vous n'êtes pas là pour exécuter, vous êtes là pour faire et pour créer. Et si l'échec arrive, ce n'est pas grave, comme le rappelait Nelson Mandela : "soit on gagne, soit on apprend".
Pourquoi, selon vous, relier les jeunes au monde de l'entreprise est un véritable enjeu aujourd'hui ?
Avec quelques partenaires, nous avons créé la marque "RSE Jeunesse" avec deux objectifs : mieux faire comprendre le monde de l'entreprise aux jeunes mais aussi encourager les entreprises à mieux accueillir leur énergie et leur enthousiasme. Une démarche gagnant-gagnant, que je préfère traduire par une notion plus profonde : le don et le contre-don. Donner du temps, de l'énergie, des relations sans savoir ni quand ni comment cela vous reviendra. Les chefs d'entreprise ne peuvent pas vivre en dehors de leur écosystème : accueillir les jeunes, c'est investir dans le monde de demain. Et les jeunes, de leur côté, doivent accepter de comprendre comment fonctionne l'entreprise avant de vouloir la transformer.
RETOUR D'EXPÉRIENCE
Quel lien gardez-vous avec l'Université de Rennes ?
Je garde un lien fort avec l'Université de Rennes, notamment à travers ma participation au Comité de Visite Internationale où je représentais le domaine des sciences sociales. Une expérience marquante, dont je retiens une conviction : la philosophie a toute sa place au cœur des sciences. Face aux grandes questions de bioéthique et d'engagement scientifique, ceux qui maîtrisent le "comment" doivent aussi se poser la question du "pourquoi". Pour moi, marier rigueur scientifique et réflexion philosophique est une nécessité à l'université comme dans la vie.
Je m'implique également auprès des étudiants, notamment en accompagnant ceux de l'IUT de Saint-Malo dans le cadre du développement de l'"Enjeu RSE Jeunesse" et des projets tutorés de Créa-IUT.
Quel est votre meilleur souvenir de votre passage à l'Université de Rennes ?
De mes années universitaires à Rennes, je retiens moins la turbulence de Mai 68 que l'élan qui a suivi : lorsqu'il a fallu créer l'unité du médicament, je me suis porté volontaire. Un réflexe de bâtisseur que je n'ai jamais perdu et que je transmets volontiers aux jeunes. Mon message s'inspire de Spinoza, une de mes nombreuses références philosophiques : "Ne pas se lamenter mais comprendre. Ne pas critiquer mais construire." Soyez les bâtisseurs d'avenir et soyons-le ensemble !
Quel est le conseil que vous auriez aimé avoir lorsque vous étiez étudiant ?
Cela se résume en quelques mots : restez enthousiastes et curieux !
En 3 mots, qu’est-ce que ça signifie pour vous d’être alumni à l’Université de Rennes ?
Être alumni de l'Université de Rennes, c'est d'abord un honneur. J'y voit trois dimensions essentielles :
Le territoire, d'abord. La Bretagne m’a beaucoup donné et je considère que nous sommes là pour redonner ce que l'on a reçu. C'est ce qui guide mon engagement aujourd'hui.
L'hybridation, ensuite. Mon parcours en est la preuve, on n’est pas condamné à une trajectoire linéaire. L'avenir appartient à ceux qui osent combiner, croiser, expérimenter.
L'excellence, enfin. Non pas comme une posture mais comme une exigence permanente de progresser et d'aller vers plus.
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