"Ils entreprennent" - IUT de Lannion

Marius Longeanie, l’entrepreneur au service de la transition numérique responsable
De l’IUT de Lannion à la West Texas A&M University pour allier études et football universitaire, puis retour en France pour se lancer dans l’entrepreneuriat : Marius Longeanie a suivi son propre chemin. Co-fondateur d’E-magem, il accompagne aujourd’hui les organisations vers un numérique plus juste et responsable. Entre l’accompagnement d’entreprises à réduire leur impact environnemental et la transmission auprès des étudiants de l’IUT de Lannion et de la Faculté de Sciences Economiques, il met son expertise au service la transition écologique.
PARCOURS ACADÉMIQUE
Racontez-nous votre parcours académique.
Après ma première année en DUT informatique à l'IUT de Lannion, mes résultats scolaires et sportifs en football m'ont ouvert une opportunité de cursus aux États-Unis. J'ai saisi cette opportunité et je suis parti à West Texas A&M University, au nord du Texas, à côté d'Amarillo. J'y ai étudié l’informatique et joué au soccer (football) pendant deux ans. J’ai ensuite voulu changer d’université tout en restant aux Etats-Unis mais le Covid est arrivé. La pandémie a eu des répercussions considérables sur le budget des universités américaines. Le sport universitaire fonctionnant comme du sport professionnel en France : les spectateurs paient leur billet pour assister aux matchs. Sans matchs, les universités ont subi d'importantes pertes financières, entraînant une réduction des bourses sportives disponibles. J'ai donc décidé de reprendre ma deuxième année de DUT spécialité informatique à l’IUT de Lannion. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai fait une première année d’ingénieur en alternance.
Qu’est-ce que la dimension internationale dans vos études vous a apportés ?
L'anglais, d’abord, indispensable en informatique. Mais au-delà de la langue, cette expérience m'a forcé à développer une vraie autonomie : gérer seul mes démarches à l'étranger m'a fait grandir. J’ai également pris du recul sur ma vision de la France, d’en voir les forces et les faiblesses. Confronter différents modèles développe l’ouverture d’esprit et la capacité à comprendre l’autre sans le juger.
PARCOURS PROFESSIONNEL
Quel a été votre parcours professionnel ?
À la fin de ma première année d'école d'ingénieur, je me sentais en décalage. Avec ma compagne, nous étions en contact avec un réseau d'horlogers suisses chez qui nous avions identifié un besoin informatique lors de nos visites. Nous avons alors créé une entreprise pour proposer des services numériques au monde de l'horlogerie de luxe : sites web, vidéos, photos. C'était notre porte d'entrée dans l'entrepreneuriat. Mais après deux ou trois missions, nous avons réalisé que nous n’étions pas alignés avec nos valeurs. En nous interrogeant sur les impacts du numérique, nous avons découvert qu'il était tout sauf neutre et tout sauf dématérialisé.
Aujourd’hui, nous accompagnons les entreprises et les organisations à réduire leur impact environnemental dans le numérique, mais aussi à les rendre plus robustes* face aux polycrises qui arrivent. Nous proposons différents types d’accompagnements : consulting, formation, conférence et développement de solutions sur mesure.
L’entreprenariat m’a toujours plus. Pour moi, c’est une forme de liberté de plannings et de missions. Je ne retrouve pas cette liberté dans le salariat.
*La robustesse, selon Olivier Hamant, est définie comme une caractéristique fondamentale du vivant, qui est robuste parce qu’il est imparfait et peu performant. Ce concept souligne que la robustesse permet aux systèmes biologiques et humains de survivre et de prospérer dans des environnements incertains et fluctuants. Contrairement à la performance, la robustesse se concentre sur la capacité à maintenir la stabilité et la viabilité malgré les fluctuations. Source : Cairn
DOMAINE DE PRÉDILECTION
Pouvez-vous nous expliquer ce que signifie “aller vers un numérique plus juste” ?
Nous nous sommes beaucoup documentés sur les impacts environnementaux du numérique et nous avons découvert le numérique responsable. Dans ce concept, il y a la notion de responsabilité. C’est une notion binaire : soit on est responsable, soit on ne l'est pas. Au contraire, pour nous, c'est plus nuancé : c'est aller vers l'amélioration, d'où le "plus" dans l’expression « numérique plus juste ».
"Juste" renvoie à la justesse, pas à l'exactitude. Pour nous, un numérique plus juste, c'est un numérique où on ne donne pas une destination mais plutôt une direction. On enveloppe tous les enjeux du numérique (géopolitiques, environnementaux, politiques, économiques) pour aller vers un monde qu'on pense plus soutenable.
Quelles sont, pour vous, les enjeux actuels du numérique dans la transition environnementale ?
Le premier enjeu est de réduire ses émissions de CO2. Le numérique est en croissance exponentielle. Ensuite, il y a un fort enjeu de durabilité et de réparabilité du matériel. Et enfin, il y a des enjeux géopolitiques, politiques et sociaux. Sur le plan social par exemple, une part importante de la population peine à effectuer ses démarches administratives en ligne. Cette fracture numérique pose question : le numérique devrait servir la société, mais aujourd'hui, je ne suis pas certain qu'il serve tout le monde.
AU CŒUR DE l'IUT DE LANNION
Quel lien gardez-vous avec l’IUT de Lannion et l’Université de Rennes ?
Lors de la remise de mon diplôme, j'ai expliqué mon activité à mes professeurs et ils m'ont proposé d'intervenir auprès des étudiantes et étudiants. D'abord une conférence, puis des interventions régulières comme vacataire sur le numérique responsable à l’IUT de Lannion. Je forme également les étudiants du Master ATNRSE (Master Management de l'Innovation parcours Accompagner les Transformations Numériques et RSE des Entreprises) de la Faculté de Sciences Economiques sur l'analyse de cycle de vie des services numériques. Ces enseignements sont un vrai échange : je transmets mes connaissances, mais j'apprends tout autant des étudiants. Contribuer à former ceux qui construiront la société de demain est essentiel pour moi.
RETOUR D’EXPÉRIENCE
Quel est le conseil que vous auriez aimé avoir lorsque vous étiez étudiant ?
Formez-vous en permanence ! Cultivez cette capacité à apprendre, à vous adapter et à vous enrichir. Ne craignez pas de débuter sans toutes les compétences : c'est en apprenant qu'on devient compétent.
En 3 mots, qu’est-ce que ça signifie pour vous d’être alumni à l’Université de Rennes ?
Reconnexion, sentiment d’appartenance et souvenir.
La reconnexion pour avoir créé des liens intergénérationnels et repris contact avec des personnes que l’on a perdu de vue. Le sentiment d’appartenance car je l’ai connu aux Etats-Unis et je le retrouve maintenant à l’Université de Rennes. Et enfin, souvenir pour tous les bons moments passés durant mes années d’études à l’IUT de Lannion.
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