|| PORTRAIT || Martial Gabillard - Directeur valorisation Véolia France
"Ils participent à la transition environnementale" - Faculté des sciences, IGR - IAE
Martial Gabillard, dirigeant spécialisé dans la valorisation des flux chez Véolia France et membre fondateur de la Fondation Université de Rennes : quand expertise industrielle et engagement académique se rejoignent
Diplômé de l'Université de Rennes après un double parcours scientifique en biologie et en biochimie à la Faculté des Sciences et en Conseil et Administration des Entreprises (CAEE) à l’IGR-IAE. Martial Gabillard rejoint Véolia pour un stage de fin d'études. Ce qui devait être un point de départ devient une aventure de plus de 30 ans. De la direction d'agence à la direction de la Valorisation des Flux de Véolia France, il a traversé et accompagné la structuration complète d'un secteur industriel, celui de la valorisation des déchets. Membre fondateur engagé de la Fondation Université de Rennes et alumni fier de ses racines bretonnes, il nous livre un parcours fait de curiosité, d'intuition et de transmission.
PARCOURS ACADÉMIQUE
Racontez-nous votre parcours académique.
Après un baccalauréat scientifique, j’ai décroché deux Maîtrises (équivalent du Master 1 aujourd’hui) en biologie cellulaire et en biochimie. Ce diplôme m'a ensuite ouvert les portes de l'IGR-IAE où j'ai intégré un Diplôme d'Études Supérieures Spécialisées (DESS) en Conseil et Administration des Entreprises (CAEE, actuellement Master 2 Management et Administration des Entreprises (MAE)). Une formation spécialisée dans l'administration des entreprises, à double compétence, que j'estime particulièrement solide. La promotion était composée d'une soixantaine de profils très variés (droit, pharmacie, kinésithérapie, gestion, etc.…) et peu de profils scientifiques. Cette pluralité de parcours était vraiment enrichissante. A l’issue de cette formation, j’ai commencé à travailler.
À l'époque, les stages n'étaient pas aussi encouragés qu'aujourd'hui. On se débrouillait par soi-même pour découvrir le monde professionnel. Pour ma part, je passais mes étés à enseigner le français dans un camp au Minnesota aux Etats-Unis. J'ai également travaillé quelques temps chez Arkéa, le Crédit Mutuel de Bretagne. Mais c'est mon stage de fin d’études qui a tout changé : j'ai poussé la porte de la Netra, une filiale de la Générale des eaux, devenue Véolia, spécialisée dans la collecte des ordures ménagères à Rennes. Je travaillais sur la collecte des déchets professionnels et je n'en suis plus reparti.
PARCOURS PROFESSIONNEL
Quel a été votre parcours professionnel ?
Cela fait 32 ans que je suis chez Véolia. J’ai souvent interrogé mon parcours et je reconnais que j’ai de la chance d’être dans cette très belle société qui a su évoluer depuis 40 ans.
Mon stage de fin d'études a débouché sur une première mission tant les sujets sur lesquels je travaillais étaient au cœur des enjeux stratégiques de l'entreprise. On m’a rapidement proposé de suivre et d’encadrer des projets. Puis on m'a ensuite confié la direction d’une première agence dans les Côtes-d'Armor où j'ai encadré une cinquantaine de personnes et appris toutes les dimensions d'un poste de direction. C'était une époque charnière pour le secteur, le métier de la collecte et de la valorisation émergeait, poussé par de nouvelles réglementations : fermeture des décharges, émergence des déchetteries, mise en place des collectes sélectives.
J'ai ensuite progressé vers des agences de taille croissante, dont celle de Rennes, avant de rejoindre la direction du territoire Bretagne comme adjoint. Ce poste m'a ouvert à des métiers que je ne connaissais pas encore : valorisation énergétique, méthanisation, compostage. Deux ans plus tard, on m'a confié la direction du territoire Bretagne dans son ensemble pendant 10 ans: près de 1 000 salariés, 120 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Après le Covid, dans le cadre d'une réorganisation du groupe, j'ai pris une mission plus orientée développement commercial, marketing et stratégie recyclage couvrant trois régions administratives : Bretagne, Pays de Loire et Centre. C'est cette mission qui m'a conduit au siège à Paris où la directrice générale m'a proposé de diriger la filiale Véolia Propreté France Recycling et de créer une direction de la valorisation des flux. L'objectif : traiter des sujets de l’innovation matière, des usines de régénération et de la commercialisation nationale. Une opportunité exceptionnelle que j'ai saisie à 55 ans. Depuis, l'organisation a encore évolué, mais je continue d'apprendre et de me renouveler.
Si je suis resté 32 ans chez Veolia, ce n'est pas le fruit d'un plan bien tracé. Cette confiance qui m'a été accordé en me proposant des nouveaux challenges et des projets ambitieux m'ont permis de créer un parcours que je n'avais pas imaginé. J'ai eu envie d'entreprendre, de manager, de porter des projets stratégiques. Véolia m'a donné l'opportunité de le faire de l'intérieur. Ce n'est pas anodin qu'une entreprise puisse fidéliser ses collaborateurs aussi longtemps. C'est le signe d'une vraie dynamique de confiance et de proposition.
DOMAINE DE PRÉDILECTION
Pourquoi avoir fait le choix de vous spécialiser dans le secteur industriel de la valorisation des déchets ?
Je crois que c'est avant tout un hasard. Je voulais rejoindre la Générale des Eaux et je suis arrivé dans les métiers du déchet par les circonstances. Mais j'y ai trouvé quelque chose de rare : j'étais au démarrage de tout. La loi de 1992 venait de transformer le secteur : fermeture des décharges, naissance des déchetteries, collecte sélective, obligation de valorisation. En 30 ans, j'ai accompagné la structuration complète d'un secteur industriel qui n'existait pas encore. C'est plus qu'un choix, c'est une histoire à laquelle j'ai contribué. Et elle continue de me nourrir autant qu'au premier jour.
Selon vous, quels sont les principaux enjeux actuels en matière de transition environnementale ?
Sur les enjeux environnementaux liés au déchet, ma conviction est simple : le meilleur déchet est celui qui n'est pas produit. La hiérarchie est claire : réduire, réemployer, recycler et en dernier recours valoriser énergétiquement ou stocker. Pour l'industrie, cela passe d'abord par l'éco-conception : produire moins de déchets et s'assurer que ceux qui sont produits soient le plus recyclables possible.
Le principal défi du recyclage aujourd'hui, c'est la demande en aval. Il ne suffit pas de collecter et préparer les matières, encore faut-il qu'elles soient utilisées ! Pour cela, deux leviers me semblent essentiels : l'obligation d'incorporation de matières premières issues du recyclage dans l'industrie et une meilleure prise en compte du bilan carbone pour ceux qui les utilisent. Sur le plastique notamment, les choses bougent, et c'est encourageant.
Il y a aussi un enjeu de souveraineté industrielle à ne pas négliger : l'industrie du recyclage est locale et non délocalisable, ce qui est une vraie force. Elle mérite d'être soutenue et pérennisée. Et quand le recyclage matière n'est pas possible, la valorisation énergétique, notamment via les combustibles solides de récupération, offre des solutions de plus en plus performantes.
Sur les autres grands enjeux environnementaux (biodiversité et transition énergétique), je suis moins au cœur du sujet dans mon quotidien. Mais en tant que citoyen, je crois profondément à la nécessité de mieux comptabiliser et reconnaître les actions qui préservent nos sols, nos haies et notre environnement.
AU CŒUR DE L’UNIVERSITE DE RENNES
Quel lien gardez-vous aujourd’hui, avec l'Université de Rennes et la Fondation Université de Rennes ?
J’ai la chance d’être alumni de deux composantes de l'Université de Rennes : la Faculté des Sciences et l'IGR-IAE. Ce lien avec l'université ne s'est jamais vraiment rompu. Resté en Bretagne toute ma carrière, je passe encore régulièrement devant les lieux où j'ai étudié, un lien visuel et affectif qui compte.
Mais mon retour actif vers l'université s'est fait via la Fondation Université de Rennes. Véolia en est un des membres fondateurs et j'ai été l'un des premiers sollicités dès le lancement de l'aventure en tant qu'alumni. J'ai répondu présent immédiatement, porté par le projet lui-même : la création d'une fondation universitaire. Et le fait que ma propre entreprise ait choisi Rennes parmi toutes les villes où elle est présente en France relevait d'une vraie convergence d'opportunités. J'ai même eu l'honneur d'en assurer la présidence tournante au titre de Véolia pendant trois ans. J'ai aussi toujours été un promoteur convaincu de la création d'un club alumni : par fierté d'appartenir à cette université et par envie de faire vivre cette communauté.
Quand on est cadre dirigeant d'une grande structure, on a besoin d'aller se ressourcer ailleurs, au-delà de l'entreprise, de la famille, des amis. La Fondation a été pour moi cet espace de stimulation extérieure autour d'un projet commun porteur de sens : valoriser l'université, renforcer le lien entre le monde académique et le monde de l'entreprise, soutenir la recherche et les étudiants. J'y ai contribué en temps, en idées, en réflexion. Et en retour, j'en ai retiré bien plus que ce que j'imaginais : des recrutements, des stages, des collaborations avec des laboratoires de recherche sur des thématiques d'économie circulaire, des parrainages. Mais surtout, j'y ai noué des relations avec des personnes passionnées partageant la même vision du territoire et le même attachement à l'université. Un ancrage fort, humain et intellectuel, qui nourrit la vision et donne envie de continuer à contribuer.
RETOUR D’EXPÉRIENCE
Quel est le conseil que vous auriez aimé avoir lorsque vous étiez étudiant ?
Si je devais donner un conseil, à l'aube de mes 60 ans et après 30 ans de carrière, ce serait celui-ci : osez et faites confiance à votre intuition !
On ne mesure pas toujours, sur le moment, la justesse d'un choix. Mais si vous savez vous poser, écouter ce que vous ressentez vraiment et avancer avec passion, tout se passera bien. Il y a toujours une part d'inconnu, et c'est normal. Ce qui compte, c'est de ne pas avoir peur de se lancer.
Quel souvenir lié à votre passage à la Faculté des Sciences et à l’IGR-IAE vous vient en premier à l’esprit ?
Celui qui me revient spontanément, ce sont les premiers jours à l'université d'abord, puis à l'IGR-IAE. Cette découverte, cette effervescence en sortant du lycée, cette notion de promotion. Mais avec le recul, ce que je retiens le plus de ces années-là, ceux sont les amitiés. Les amis que je me suis fait à l'université sont toujours mes meilleurs amis aujourd'hui. Des gens avec qui j'ai appris, ri, construit. Et avec qui je continue de faire ma vie.
En 3 mots, qu’est-ce que ça signifie pour vous d’être alumni à l’Université de Rennes ?
En trois mots, être alumni :
- C'est d'abord la fierté : celle de ses origines, du point de départ, de l'endroit où tout a commencé.
- C'est ensuite le partage : partager des parcours, des savoirs, des passions, avec tous ceux qui ont traversé les mêmes amphis et les mêmes bibliothèques.
- Et c'est enfin la transmission : transmettre une histoire, un parcours, pour inspirer, rassurer et encourager les autres à oser écouter leur intuition.
Envie d'en savoir plus ?
Comments0
Please log in to see or add a comment
Suggested Articles
