|| PORTRAIT || Jacky Frérou - Expert-Comptable et Fondateur du cabinet CAFEX
"Ils nous inspirent" - IUT de Rennes

Expert-comptable, enseignant, mentor : Jacky Frérou et son lien indéfectible avec l’Université de Rennes depuis plus de cinquante ans.
C’est un lien de plus de cinquante ans qui uni Jacky Frérou à l’Université de Rennes, et le lien perdure. Il est entré à l'IUT Rennes en Gestion et Administration des Entreprises (GEA) et n'en est jamais vraiment parti. Expert-comptable installé à son compte à vingt-six ans, enseignant pendant presque 40 ans, co-fondateur d'une licence professionnelle, donateur à la Fondation, et aujourd'hui encore actif sur les dispositifs Créa IUT et 24h pour entreprendre à l'IUT de Saint-Malo. Un parcours construit sur la confiance, le réseau et la conviction que sans les autres, on ne va pas très loin.
PARCOURS ACADÉMIQUE
Racontez-nous votre parcours académique.
C’est une histoire de plus de cinquante ans entre moi et l’Université de Rennes. Tout a commencé à l' IUT de Rennes avec une formation généraliste en Gestion des Entreprises et des Administrations (GEA). J’ai ensuite obtenu une Maîtrise de Sciences et Techniques Comptables et Financières à l’ IGR-IAE de Rennes, l'équivalent aujourd'hui du Master Comptabilité - Contrôle - Audit.
Les deux formations comportaient des stages obligatoires. J’ai réalisé le premier, dans un cabinet d'expertise comptable. À une époque où l'informatique n'existait pas encore, c'était surtout du report manuel sur des cahiers. Le second, dans un cabinet rennais, était d'une toute autre nature. J'y ai développé un système de gestion des temps à l'aide de Multiplan, l'ancêtre d'Excel, pour permettre au cabinet de facturer ses clients dans de bonnes conditions. C’était très stimulant.
Le service militaire était encore en vigueur à l’époque et j’ai fait le choix de partir comme volontaire au Niger. Une expérience fondatrice. J'ai travaillé aux côtés d'experts du Bureau International du Travail, en réalisant des diagnostics dans des entreprises locales. J'ai aussi enseigné dans une école nationale d'administration. Deux expériences qui m'ont autant appris sur le métier que sur moi-même. L'aventure est allée encore plus loin : on avons souhaité créer un cabinet d'expertise comptable local, avec l'ambition de former quatre experts-comptables nigériens. Le projet a tourné court, victime de la corruption et d’un réel manque d’implication de nos partenaires locaux. Mais ces années n'ont pas été perdues, j'ai obtenu la validation de ce temps africain comme stage d'expertise comptable. J’ai ainsi pu progresser plus vite dans le parcours du diplôme.
La formation d'expert-comptable, c'est huit ans au minimum. J'ai anticipé en passant des certificats supérieurs dans de bonnes conditions, et j'ai bénéficié d'un régime alors en vigueur qui permettait de s'installer avant d'être complètement diplômé. Je me suis installé à vingt-six ans.
PARCOURS PROFESSIONNEL
Quel a été votre parcours professionnel ?
Dès que j'en ai eu la possibilité, je me suis installé à Saint-Grégoire à côté de Rennes, en cohabitation avec l'expert-comptable qui m'avait accueilli. J'ai démarré avec une petite clientèle et une collaboratrice. À ma retraite, le cabinet comptait trente-cinq collaborateurs. Mais un cabinet, ce n'est pas simplement un président. C'est un ensemble de compétences. Pour que cela fonctionne, il faut savoir s'appuyer sur les autres. Sans les autres, on ne va pas très loin.
Ce qui m'a poussé à m'installer si jeune ? La volonté d'indépendance. Et le choix de la comptabilité au départ, c'était un peu le hasard : une discussion avec un copain au collège qui m’a découragé de faire un baccalauréat scientifiques (trop de travail !), un baccalauréat en comptabilité, et des rencontres qui ont orienté le parcours. Parcoursup n'existait pas. C'étaient les rencontres, les pairs, les enseignants qui guidaient les choix.
Rapidement après la fin de mes études, j'ai commencé à enseigner à l'IUT en tant que vacataire. J’ai enseigné une dizaine d’années avant de devenir PAST (Professeur Associé du Supérieur) à mi-temps. J'ai mené en parallèle ces deux métiers et même trois, puisque je réalisais aussi des audits pour un cabinet national intervenant auprès des comités d'entreprise. Ce n’était pas évident de concilier tout cela mais j’ai toujours donné la priorité aux étudiants. Je n’ai jamais raté un cours !
J’ai également participé au lancement d’une licence professionnelle de collaborateur de cabinet comptable, qui a formé plus de cinq-cents étudiants. La plupart sont aujourd'hui intégrés dans des cabinets. Une belle réussite même si la réforme l'a depuis intégrée au BUT sous une autre forme.
RETOUR D’EXPÉRIENCE
Quel lien gardez-vous avec l’Université de Rennes, l’IUT de Saint-Malo et Rennes et la Fondation Université de Rennes ?
Mon lien avec l'IUT, lui, ne s'est jamais vraiment interrompu. Depuis ma retraite, je reste très attaché à l'IUT de Rennes. J'accompagne désormais deux dispositifs à l' IUT de Saint-Malo : "Créa IUT” et les "24h pour entreprendre”. J’interviens également pour l’IUT de Rennes. C’est toujours avec plaisir. Les étudiants, on leur apporte beaucoup mais ils nous apportent beaucoup aussi, par la relation qu'on construit avec eux et la reconnaissance qu'ils nous vouent. C'est cela qui m’incite à prolonger mon engagement.
Je suis également donateur à la Fondation de l'Université de Rennes notamment pour financer les opérations de “Créa-IUT “et de “24h pour entreprendre”. Cela permet de dynamiser ces dispositifs et d'accueillir tous les participants dans de bonnes conditions. Mais au-delà de cela, je crois que la Fondation joue un rôle essentiel à l’université et dans les formations. Et plus largement, elle a fait évoluer la relation entre l'université et le monde des entreprises. Quand nous avons créé notre licence professionnelle, le discours officiel était déjà là : il faut rapprocher l'université des milieux professionnels. Mais la réalité était un peu différente. Aujourd’hui cela a beaucoup évolué. Nos étudiants vont devoir intégrer le monde professionnel : autant les y préparer le plus tôt possible, et le faire bien.
Quel est le conseil que vous auriez aimé entendre lorsque vous étiez étudiant ?
Le premier, c'est la communication. Aujourd'hui, quand on voit les étudiants dans les dispositifs comme “24h pour entreprendre”, ils sont à l'aise, ils sont formés. À notre époque, ce n'était pas le cas. Or la communication, c'est essentiel : si on sait communiquer, on est capable de convaincre, de se vendre, de défendre un projet. C'est une compétence fondamentale que la société exige de plus en plus.
Et puis, il y a le réseau. Je crois qu'il faut profiter des années passées à l'université pour se construire un réseau avec les enseignants, avec les professionnels que l’on croise dans le cadre des dispositifs, et avec ses pairs. Parce qu'on ne peut pas évoluer favorablement quand on est seul. Il faut savoir s'entourer, à tous points de vue. C'est quelque chose que j'ai compris au fil de mon parcours et que j'aurais aimé comprendre plus tôt.
Quel souvenir liée à votre passage à l’université vous vient en premier à l’esprit ?
Mes meilleurs souvenirs, ce sont les relations fortes que j'ai nouées avec certains enseignants. Des liens qui restent toute une vie. Ce sont des personnes qui nous ont marqué, qui nous ont donné confiance. Parce que quand un enseignant que l'on côtoie depuis un moment vous dit que vous n'aurez pas de difficultés à exercer tel ou tel métier. C'est le diagnostic d'un professionnel qui vous connaît et cela compte énormément au moment de se lancer.
En 3 mots, qu’est-ce que ça signifie pour vous d’être alumni à l’Université de Rennes ?
En trois mots ? parcours, réseau, rencontres.
Le parcours d'abord. Avec le recul, je suis satisfait du mien et je suis convaincu que c'est grâce aux bases acquises à l'université. J'en profite d'ailleurs pour le dire aux étudiants : il faut poursuivre le plus loin possible ses études ! Il est beaucoup plus facile de trouver un travail de niveau bac +2 avec un bac +5 que l'inverse. Le diplôme ouvre des portes et sans lui, on part de plus bas et on rame plus longtemps pour gravir les échelons.
Le réseau ensuite. L'université, si on sait l'exploiter, donne énormément de relations au travers des enseignants qu'on côtoie, mais aussi des partenariats extérieurs qu'elle rend accessibles.
Et enfin, Les rencontres. De belles rencontres, qui motivent et qui durent. Quand je vois le personnel de l’université s'investir au quotidien, bien au-delà de leurs obligations, pour que les étudiants évoluent favorablement, c'est extraordinaire. Et c'est pour cela que je continue d'apporter ma petite pierre à l'édifice.
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