|| PORTRAIT || Philippe Quemerais - Responsable Relations Entreprises à l'ENSSAT

Quand la pagaie rencontre l'électronique : Philippe Quemerais navigue entre sport de haut niveau et sa carrière d'ingénieur à l'Université de Rennes
Diplômé de l'IUT (Institut Universitaire de Technologie) de Rennes puis de l'ENSSAT (École Nationale Supérieure Appliquées et de Technologie) en tant qu'ingénieur spécialisé dans l'électronique, Philippe Quemerais incarne la réussite du double projet sport-études. Passionné de canoë-kayak depuis l'adolescence, il a mené de front ses études et une carrière de sportif de haut niveau qui l'a conduit jusqu'à la finale olympique des jeux d'Athènes en 2004, où il a terminé cinquième en biplace. Champion du monde par équipe et médaillé de bronze mondial, il a su transformer sa passion sportive en moteur de réussite académique. Aujourd'hui responsable des relations entreprises à l'ENSSAT, il continue de transmettre les valeurs du double projet aux nouvelles générations d'étudiants.
PARCOURS ACADÉMIQUE
Racontez-nous votre parcours académique.
J'ai commencé mon parcours à l'IUT de Rennes, où j'ai obtenu mon D.U.T. (Diplôme Universitaire de Technologie) Génie Électrique*. J'ai ensuite intégré la filière Électronique et Informatique Industrielle de l'ENSSAT à Lannion où j'ai décroché mon diplôme d'ingénieur. Je menais en parallèle ma carrière de sportif de haut niveau en canoë-kayak.
J'ai découvert cette discipline à l'adolescence et j'en suis immédiatement tombé amoureux. Ce sport a complètement transformé mon rapport aux études : je n'avais aucune appétence pour les études. Et pourtant le goût de la compétition et de la réussite sportive m'ont aussi permis d'améliorer mes résultats scolaires et d'envisager des études d'ingénieur.
Durant tout mon cursus universitaire, j'ai bénéficié du statut de sportif de haut niveau. À l'IUT, j'ai profité d'aménagements et d'une réelle bienveillance de la part des enseignants. À l'ENSSAT, j'ai eu la chance d'être parmi les premiers à bénéficier d'une convention sportive de haut niveau – l'école a d'ailleurs été pionnière en Bretagne en signant ce type de convention avec le ministère des Sports en 1993. Cela m'a permis d'avoir des dispenses d'assiduité pour mes entraînements et compétitions, ainsi que des rattrapages de cours et d'examens. Je mesure cette chance, car concilier sport de haut niveau et études supérieures reste un défi qui demande beaucoup de volontarisme de la part des établissements et de bienveillance de la part des équipes pédagogiques.
*Equivalent du B.U.T. Génie Électrique et Informatique Industrielle (GEII) actuel.
PARCOURS PROFESSIONNEL
Quel a été votre parcours professionnel ?
Mon parcours professionnel est atypique et il s'est déroulé en parallèle de ma carrière de sportif pendant les six premières années. J'ai débuté à l'ENSSAT comme ingénieur de recherche à mi-temps. Je mesure la bienveillance de la direction et des équipes de recherche qui m'ont accueilli malgré mes absences régulières pour les entraînements et la compétition. Après quelques années, je suis devenu titulaire en passant le concours externe d'ingénieur de recherche. J'ai alors poursuivi mes activités comme expert électronicien au service technique de l'ENSSAT et comme ingénieur de recherche en électronique au sein d'équipes de l'IRISA et d'INRIA. Nous mettions en œuvre les concepts développés par les chercheurs.
Mon parcours a pris un tournant inattendu quand on m'a confié la mise en place de la stratégie de développement durable de l'ENSSAT. Juste après le Grenelle de l'environnement, les établissements d'enseignement supérieur ont déployé ce type de démarche. J'ai ainsi quitté progressivement les équipes de recherche pour me consacrer pendant plus d'une dizaine d'années au stratégie développement durable et transition écologique de l'école et de l'université.
Aujourd'hui, le développement de l'apprentissage nécessite de consolider les liens entre entreprises et établissements : mes missions ont évolué et je travaille au sein de la Direction Recherche Innovation Industrie de l'ENSSAT, des domaines qui ont pris une importance croissante dans les écoles d'ingénieurs. Notre mission : stimuler l'innovation en rapprochant laboratoires et entreprises, et accompagner nos élèves ingénieurs dans leur recherches de stages et d'alternances.
DOMAINE DE PRÉDILECTION
Pourquoi avez-vous fait le choix de vous spécialiser en électronique ?
Mes premières années dans une filière technique m'ont fait découvrir l'électronique et cela m'a beaucoup plu. Je me suis ensuite spécialisé dans cette discipline. Pourquoi ? Sans doute un côté technophile, cette fascination pour ces composants et systèmes qui permettent de concevoir des systèmes numériques. Au sein des équipes de l'IRISA et de l'INRIA, mon rôle était de mettre en œuvre concrètement les concepts développés par les chercheurs. J'ai ainsi travaillé sur des protocoles de réseau sans fil pour l'internet des objets, sur des systèmes électroniques embarqués et notamment sur la conception de circuits intégrés. Cette dernière activité a été particulièrement intéressante : nous avons conçu et fabriqué, chez STMicroelectronics, des composants électroniques qui ont ensuite alimenté des publications scientifiques.
Vous êtes également sportif de haut niveau et médaillé olympique en canoë-kayak. Quelle a été votre carrière sportive ?
Ma carrière sportive s'est déroulée en deux temps : j'ai d'abord pratiqué le canoë monoplace, discipline de Tony Estanguet, durant mes études. Ensuite, il y a eu un tournant quand un autre athlète m'a proposé de faire équipe en biplace pour viser les Jeux Olympiques de Sydney et d'Athènes. Ça a tout de suite bien fonctionné et nous sommes partis sur une carrière internationale en canoë biplace de slalom. Les résultats ont rapidement suivi : médaille de bronze par équipe aux championnats du monde, remplaçants olympiques puis un titre de champion du monde par équipe et enfin finaliste aux Jeux Olympiques d'Athènes avec une cinquième place. C'est en biplace que j'ai obtenu mes meilleurs résultats.
AU CŒUR DE l'ENSSAT
Pourquoi avoir fait le choix de travailler à l'ENSSAT, composante de formation de l'Université de Rennes ?
J'ai été séduit lorsque j'ai découvert l'ENSSAT et Lannion pendant mes études : un lieu d'entraînement exceptionnel, une école d'ingénieurs, et une ville à taille humaine où tout était accessible. Après mon diplôme, je suis resté à Lannion, attiré par son écosystème technologique riche en entreprises de photonique, télécoms et électronique. Voulant poursuivre ma carrière sportive, j'ai alors sollicité le directeur de l'ENSSAT pour envisager une convention d'insertion professionnelle. Amateur de sport et sensible aux doubles projets, il s'est intéressé à l'idée. Avec le soutien de l'Université de Rennes, nous avons réussi à mettre en place une convention d'accueil pour un ingénieur de recherche sportif de haut niveau. C'est ainsi, un peu par opportunité et grâce à la volonté du directeur et de la présidence de l'université, que je suis revenu à l'ENSSAT.
RETOUR D'EXPÉRIENCE
Quel est le conseil que vous auriez aimé avoir lorsque vous étiez étudiant ?
Je pense à trois conseils que j'aurais aimé avoir et que je peux donner aux étudiants sportifs d'aujourd'hui :
Oser le double projet sport-études : C'est mon premier conseil aux jeunes qui veulent performer sportivement et s'épanouir.
Se projeter dans l'avenir et saisir toutes les opportunités : Le double projet permet de viser la performance sportive à court terme tout en construisant son avenir à moyen et long terme. Il faut s'appuyer sur tout ce qui est mis à votre disposition : côté sportif, les structures d'entraînement, les coachs, la préparation mentale ; côté académique, les dispositifs d'accompagnement, les conventions et tous les droits des sportifs de haut niveau déployés dans les établissements.
Se faire accompagner : Le succès repose également sur le soutien et la bienveillance de votre entourage : enseignants, entraîneurs, famille.
Quel souvenir lié à votre passage à l'ENSSAT vous vient en premier à l'esprit ?
Ma première rentrée, dans le hall de l'ENSSAT : des visages inconnus qui sont devenus, au fil de notre scolarité, ceux d'amis proches. Trente ans plus tard, les liens tissés au sein de notre promotion restent intacts.
En 3 mots, qu'est-ce que ça signifie pour vous d'être alumni à l'Université de Rennes ?
Fierté : Mon lien avec l'Université de Rennes remonte à ma plus tendre enfance – mon père était ingénieur de recherche en physique et j'ai fait mes premiers pas de patin à roulettes dans les locaux de Beaulieu. Être alumni de cette université, c'est une véritable fierté. J'ai eu la chance de connaître l'université sous différents visages : Beaulieu à Rennes, puis l'ENSSAT à Lannion, incarnant cette ADN particulier d'une grande université avec des campus distants qui rayonnent sur tout le territoire – Saint-Malo, Saint-Brieuc, Lannion.
Engagement : Être alumni nous engage vis-à-vis des jeunes étudiants d'aujourd'hui et de demain. C'est une responsabilité de les accompagner comme nous avons pu l'être.
Transmission : Le réseau des alumni me semble essentiel pour transmettre ce que l'on a vécu, partager notre expérience et créer du collectif entre générations.
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