|| PORTRAIT || Mathilde Jégo - Pharmacienne et Scientifique en formulation et développement du médicament chez Sanofi
"Ils nous inspirent" - Faculté de Pharmacie de l'Université de Rennes

Le parcours de Mathilde Jégo : six années d'études en pharmacie, un doctorat, et une conviction : concevoir les médicaments qui soignent.
Pour Mathilde Jégo, la santé, c'est une vocation qui s'est confirmée dès le collège lors d'un stage. Après six années d'études de pharmacie à la Faculté de Pharmacie de l'Université de Rennes, plusieurs stages en France et en Allemagne, et un doctorat de trois ans en recherche pharmaceutique, elle a rejoint Sanofi. Elle travaille aujourd'hui, dans une des plateformes de recherche et de bioproduction du groupe, sur le développement de formulations d'anticorps monoclonaux pour traiter des patients atteints de cancer ou de maladies auto-immunes.
Un parcours long, exigeant et construit avec méthode. Elle est guidée par une envie : concevoir les médicaments, et ne pas seulement les dispenser.
PARCOURS ACADÉMIQUE
Racontez-nous votre parcours académique, en quelques mots.
Lors d'un stage de 3ème en service de radiologie au CHP de Saint-Grégoire, près de Rennes, mon envie de travailler dans le secteur de la santé s'est confirmée. J’ai donc fait un Baccalauréat Scientifique puis la PACES, l'équivalent aujourd'hui du Parcours d'Accès Spécifique Santé (PASS) et les Licences Accès Santé (LAS). Mon objectif était de rejoindre la filière pharmacie. Six années d'études, intenses et rythmées, à la Faculté de Pharmacie de l’Université de Rennes avant de soutenir ma thèse de pharmacie et de poursuivre par un doctorat en sciences à l'Université Paris-Saclay.
Les stages :
Les études de pharmacie sont rythmées par de nombreux stages, tous très différents les uns des autres. Le premier, en deuxième année, c'est le stage d'officine : mon premier contact réel avec les patients et les médicaments au quotidien. La découverte d'une pathologie, les interactions avec les patients, le conseil. Ce stage m'a beaucoup apporté pour la suite de la formation.
En cinquième année, j'ai eu deux expériences très complémentaires de stages hospitaliers. D'abord l'externat hospitalier, dans deux services successifs : la dermatologie, où je réalisais la conciliation médicamenteuse pour prévenir les erreurs et assurer la continuité thérapeutique des patients. Puis le département de pharmacologie biologique, tourné vers l'analyse où je travaillais sur les dosages d'antibiotiques par techniques chromatographiques, le suivi d'anticorps monoclonaux chez des patients atteints de maladies chroniques intestinales.
Toujours en cinquième année, j'ai réalisé mon premier stage industriel dans une start-up. Une expérience très concrète qui m'a ouvert les yeux sur la complexité du cycle de recherche et développement d'un médicament : formulation, réglementation, propriété intellectuelle, accès au marché. J'y ai même développé des outils de visualisation de données pour cartographier les pipelines de thérapies microbiotiques.
Enfin, mon stage de fin d'études de Master, je l’ai réalisé à Munich, dans un laboratoire public. Ce stage a été vraiment fondateur pour la suite de ma carrière. C'est celui qui m'a permis de découvrir ce que j'appréciais vraiment dans la filière industrie. Je travaillais sur l'optimisation de formulation d'anticorps monoclonaux, en utilisant un procédé de lyophilisation pour permettre l'administration par voie sous-cutanée de doses concentrées chez les patients.
Les séjours à l'étranger :
Je parlais déjà allemand depuis le collège, donc je me suis naturellement tournée vers l'Allemagne pour mon séjour en Erasmus. La faculté de pharmacie de Hambourg proposait un programme très similaire à celui de Rennes, avec beaucoup de travaux pratiques. Une des spécificités de ce programme : la possibilité de choisir ses matières à la carte. Je suis rentrée en France avec des connaissances sur des notions que nous n’avions pas encore abordées à Rennes.
Pour mon stage de fin d’études en Master, je me suis à nouveau tournée vers l'Allemagne, et Munich. J’ai travaillé dans un environnement international, pratiqué les langues au quotidien, j’ai dû m’adapter à des standards très exigeants. Cela m’a permis de développer une vraie faculté d’adaptation et de résilience. Si je dois résumer en quelques mots la plus-value d'une expérience à l'étranger : ouverture d'esprit, dépassement de soi, et un enrichissement scientifique réel.
Le doctorat :
À l'issue de mon Master 2 en recherche, la question du doctorat s'est naturellement posée. Pendant mon stage, j'avais trouvé passionnant de travailler sur son propre projet de recherche, de concevoir soi-même ses protocoles. J'ai cherché un sujet qui me corresponde vraiment. Un doctorat dure trois ans, il faut être passionnée par ce que l’on fait. J'ai été acceptée à l'Institut Galien Paris-Saclay, laboratoire public rattaché à la Faculté de Pharmacie de l'Université Paris-Saclay. J'y ai travaillé pendant trois ans sur la conception d'un médicament à l'échelle nanométrique pour traiter le diabète de type 2.
Ce doctorat, je le vois comme une vraie transition vers le monde professionnel. Il m'a appris à mener un projet de A à Z, à avoir une vision globale, à m'organiser. Aujourd'hui, dans l'industrie pharmaceutique, je me rends compte de ce que m’a vraiment apporté mon doctorat.
Pourquoi avoir choisi la Filière Industrie pendant votre cursus à la Faculté de Pharmacie de Rennes ?
Quand je dispensais des médicaments en officine, j'avais sans cesse cette question en tête : qu'est-ce qui se passe en amont, au moment de la conception du médicament ? C'est là qu'est née ma passion pour la recherche et le développement.
Le choix de la filière industrie se fait à la fin de la quatrième année. On n'a pas encore eu l’opportunité de faire un stage industriel. Il faut donc se renseigner par soi-même sur un monde très vaste et très pluridisciplinaire. En effectuant mes recherches, j'ai réalisé que ce qui m'attirait, c'était l'idée de concevoir des médicaments qui allaient un jour arriver jusqu'aux patients. Et pendant les enseignements, j'aimais beaucoup la galénique. Cette discipline, qui consiste à mettre en forme un principe actif pour qu'il soit efficace, stable et administrable, a guidé mon choix
PARCOURS PROFESSIONNEL
Après avoir soumis ma thèse, j'ai enchaîné directement avec le poste que j'occupe aujourd'hui. J'ai rejoint Sanofi, sur le site de Vitry-sur-Seine. Il s’agit d’un centre de recherche et de développement spécialisé dans les maladies auto-immunes et l'oncologie. Je suis au sein du département de formulation et de développement des produits biologiques. Je travaille sur le développement de formulations d'anticorps monoclonaux destinés à traiter des patients atteints de cancer ou de maladies inflammatoires et auto-immunes.
Mon quotidien se partage entre le laboratoire et le bureau. Au laboratoire, je réalise des expériences qui peuvent aller de la préparation de tampons servant de base aux formulations jusqu'à des études beaucoup plus poussées. Comme le développement de méthodes analytiques et d’études destinées à alimenter directement le dossier réglementaire. Au bureau, je rédige les protocoles expérimentaux, j'interprète les résultats et je produis des rapports scientifiques.
Mais ce que j'apprécie particulièrement dans ce métier, c'est sa transversalité. Je suis amenée à collaborer, dans un contexte international, avec les équipes analytiques, réglementaires, et celles chargées du développement des procédés. Le site de Vitry-sur-Seine travaille en lien étroit avec des homologues basés aux États-Unis et en Allemagne. Au quotidien, on parle anglais.
DOMAINE DE PRÉDILECTION
Pourquoi avez-vous fait le choix de travailler dans l'Industrie Pharmaceutique et plus spécifiquement en Recherche et Développement ?
Après trois années passées dans la recherche publique lors de mon doctorat, j'avais envie d'aller vers une recherche plus appliquée, plus proche du développement. Ce qui m'attire dans l'industrie pharmaceutique, c'est la proximité avec le médicament. Les molécules sur lesquelles on travaille sont proches ou directement en phase clinique. Une perspective très concrète qui me permet de me sentir plus proche du patient dans cette position.
Il y a aussi la transversalité du métier, que j'apprécie énormément : interagir avec différents départements, différents services, dans un contexte souvent international. Et puis l'industrie pharmaceutique offre une vraie flexibilité avec la possibilité de partir travailler à l'international, d’évoluer dans son métier ou de se reconvertir. Cela peut se faire plus facilement quand on est déjà dans ce secteur.
RETOUR D’EXPÉRIENCE
Quel lien gardez-vous avec la Faculté de Pharmacie ?
Le lien avec la faculté s'est maintenu assez naturellement. Entre les études de pharmacie et la soutenance de thèse, il faut reprendre contact avec les enseignants pour constituer son jury. J'avais très peu de temps pour préparer la mienne, ayant déjà entamé mon doctorat de sciences. J'ai été vraiment touchée par la disponibilité des enseignants sollicités. Ils ont répondu immédiatement et se sont adaptés à mon emploi du temps.
Depuis, je suis restée en contact avec eux. C'est un lien que je trouve important d'entretenir pour savoir ce qu'ils font, ce qu'ils partagent. C'est aussi une façon de leur témoigner une certaine reconnaissance. Ce sont eux qui nous ont transmis les bases de notre métier. C’est important de rester connectée à cette communauté, simplement et durablement.
Quel est le conseil que vous auriez aimé entendre lorsque vous étiez étudiant ?
Le conseil que je donnerais, c'est d'être curieux ! Les études de pharmacie sont longues et exigeantes sur le plan scientifique, il est tentant de se concentrer uniquement sur les cours. Mais je pense qu'il faut aller au-delà : ne pas hésiter à solliciter ses aînés, aller voir des personnes qui travaillent dans les filières qui nous attirent, explorer des voies qu'on ne connaît pas encore. Mais aussi poser des questions aux enseignants. Ils sont là, disponibles, et connaître leur propre parcours peut aussi nous inspirer.
Quel souvenir liée à votre passage à la Faculté de Pharmacie vous vient en premier à l’esprit ?
Le souvenir qui me vient en premier, c'est d'avoir été tutrice de la spécialité pharmacie. À la sortie du concours de la PACES, j'avais passé les auditions pendant l'été pour accompagner les étudiants qui passaient à leur tour le concours. Une expérience qui m'a vraiment touchée. Ce que j'aimais dans ce rôle, c'est apporter un soutien à la fois moral et pédagogique. Je réexpliquais des notions avec les mots d'une étudiante qui venait juste de passer le concours. Cela sonne différemment que les cours dispensés par les professeurs. Et voir les étudiants revenir avec leurs questions, ça m'a beaucoup appris aussi. On était quatre tuteurs pour la spécialité pharmacie. On a gardé des liens très forts et qui continuent aujourd'hui.
En 3 mots, qu’est-ce que ça signifie pour vous d’être alumni à l’Université de Rennes ?
Trois mots : formation, reconnaissance et transmission.
La formation parce que j'ai eu la chance de suivre un parcours vraiment formateur, porté par un corps enseignant disponible, engagé et présent jusqu'à la soutenance de thèse, bien au-delà des années d'études.
La reconnaissance car je mesure aujourd'hui la solidité des bases que la faculté m'a donné, sur le plan scientifique comme sur le plan humain. Des bases que j'applique encore au quotidien.
Et enfin, la transmission. Être alumni, c'est aussi permettre de perpétuer cette dynamique. Partager son expérience, inspirer à son tour des étudiants actuels ou futurs. C'est le sens de ce témoignage.
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